Le 17 juin 1940 : l’autre appel à la résistance — Charles Tillon face à la débâcle

3, octobre 2025

Thématique Expressions : histoire | international | société

Il y a 85 ans, le 17 juin 1940, Charles Tillon, dirigeant national du Parti Communiste Français, futur chef d’état-major des FTP (Francs-Tireurs et Partisans), rédigeait un appel à la résistance du peuple français, depuis la ville de Gradignan.
Le lendemain, à Londres, le Général de Gaulle lançait son appel à le rejoindre dans le refus de l’armistice négocié par Pétain.
Prolongeant l’engagement des communistes français dans le Front populaire, Charles Tillon dénonçait alors une classe possédante qui venait d’abandonner le pays à l’occupant hitlérien.
« Ils ont tout trahi », écrivait il. « Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays entier au fascisme. ».
Cet appel reste largement méconnu.

Juin 1940 : la Débâcle et la répression des communistes

Le 10 mai 1940, les forces allemandes lancent une offensive foudroyante.
En quelques semaines, l’armée française est défait.
Le 14 juin, Paris est occupée.
Le 17, le maréchal Pétain annonce à la radio qu’il faut « cesser le combat ». C’est la Débâcle.
Mais bien avant cette déroute, les communistes français sont déjà dans le viseur du pouvoir, condamnant toute activité communiste, la peine pouvant aller de la prison à la peine de mort.
Les élus PCF sont arrêtés, les journaux communistes interdits, les militants traqués.
Pourtant, dans la clandestinité, une fraction du PCF s’organise, consciente que la guerre contre le nazisme est inévitablement une guerre antifasciste.
Charles Tillon, ancien commandant des Brigades internationales en Espagne, est de ceux-là.

Un appel clandestin, clair et courageux !

Le 17 juin 1940, alors que la panique règne et que la voix officielle appelle à la soumission, Charles Tillon rédige et diffuse un appel sans ambiguïté contre le choix de la défaite :
« Le peuple français n’a pas dit son dernier mot… Fidèles à la classe ouvrière, fidèles à la France, les communistes appellent le peuple à l’action. »
Depuis l’automne 1939, le Parti communiste français est interdit, accusé de « collusion avec l’ennemi » en raison du pacte germano-soviétique par le gouvernement Daladier.
Pire, le ministre de la justice, Albert Sérol, socialiste, prend décret.
« Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l’action ».

Contrairement à l’appel de De Gaulle du 18 juin, qui s’adresse d’abord aux militaires et reste peu entendu sur le moment, celui de Tillon est diffusé en France, immédiatement mais partiellement compte tenu des conditions de la clandestinité.
Il vise les ouvriers, les paysans, les jeunes, les femmes… soit la base populaire française. Cet appel est d’autant plus audacieux qu’il émane d’un dirigeant d’un parti traqué, dans un climat de peur et de chaos.
Sa dimension est éminemment politique : il ne s’agit pas seulement de refuser l’armistice, mais de préparer une résistance populaire, de masse, enracinée dans les quartiers, les usines, les campagnes.

Une portée historique occultée mais essentielle

L’histoire officielle a longtemps marginalisé cet appel.
À la Libération, la figure du général de Gaulle devient le symbole consensuel de la Résistance, et les initiatives communistes sont souvent reléguées à l’arrière-plan.
Le 17 juin 1940 n’entre pas dans les manuels.
Pourtant, il faut rappeler que sans les communistes, sans les FTP (Francs-tireurs et partisans), sans ces réseaux structurés dans la clandestinité dès 1940, la Résistance intérieure n’aurait pas eu l’efficacité qu’on lui connaît.
L’appel de Charles Tillon montre que la lutte contre le fascisme n’était pas une affaire de chefs, mais d’hommes et de femmes anonymes, souvent issus du monde ouvrier, qui ont dit non avant même qu’un espoir de victoire ne soit envisageable.
Il est temps de redonner à cet appel la place qui lui revient dans notre mémoire collective.
Non pour opposer les mémoires, mais pour rappeler que la Résistance fut aussi populaire et communiste.

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