Faisons Front !

3, octobre 2025

Thématique Expressions : démocratie | économie | société

De la colère éphémère vers un mouvement de fond durable…

Une colère sociale profonde

Les spéculations vont bon train autour des appels à bloquer le pays le 10 septembre, qui ont surgi en pleine période de vacances. Il s’agit de l’émergence d’une colère profonde qui ravine le pays dans toutes les couches sociales, sous l’œil de plus en plus inquiet du monde de la finance, de cette bourgeoisie d’assistés. Des sangsues ! Ils doivent leur opulence aux politiques d’austérité menées depuis quatre décennies, fortement aggravées par leur fondé de pouvoir et sa clique de millionnaires irresponsables qui composent le gouvernement.
Sous le règne de l’apprenti potentat Macron, les milliardaires français ont vu, en quelques années, leur patrimoine croître de 24 milliards d’euros, soit 13 millions par jour. Un « pognon de dingue » drainé par une multitude de dispositifs dont les aides publiques sont le cœur, comme l’a démontré la commission sénatoriale animée par le sénateur communiste F. Gay. Cela représente 40 % du budget de l’État, soit trois fois plus que le budget de l’Éducation nationale.

La dette et les boucs émissaires

Comme toujours, F. Bayrou utilise pour faire diversion la vieille ficelle de la dette, devenue « himalayenne », tout en omettant la place de l’austérité perpétuelle dans l’accroissement de celle-ci. La stigmatisation de groupes d’individus, la recherche de boucs émissaires, la culture de la peur et du chaos comme armes de division de la société semblent marquer le pas. En prenant pour cible les baby-boomers accusés de plomber le déficit abyssal du pays et de représenter « la France gaspilleuse et endettée », F. Bayrou dézingue son propre électorat. Pourtant, les baby-boomers qui ont commencé à travailler au mitan des années 1970 n’ont connu que des plans d’austérité et de multiples réformes des retraites, aux répercussions notables sur leur niveau de vie.

Radicalité et contestation démocratique

La répression féroce des derniers mouvements sociaux a pu nourrir un sentiment d’impuissance, laisser planer un air de résignation. Il n’en est rien. Bien au contraire, note une journaliste de L’Humanité : « La violence du pouvoir engendre plus de radicalité, aiguise l’urgence vitale de passer à AUTRE CHOSE. » Échaudé depuis le refus de la classe dominante d’accepter le choix du peuple lors du référendum sur le traité constitutionnel de 2005, confronté au déni de démocratie et aux passages en force comme mode de gouvernement — en passe de tomber le 8 septembre —, F. Bayrou ne tente-t-il pas en catimini d’imposer trois décrets pour doubler les franchises médicales ? Il est évident que le peuple cherche désespérément un moyen de se faire entendre.

« Bloquons tout » : vers une volonté de démocratie directe

Dans une enquête récente de la fondation J. Jaurès sur le profil des membres du mouvement « Bloquons tout », initiateur du mouvement du 10 septembre, il apparaît que, si le mouvement des gilets jaunes était « une mini-France précarisée », celui de « Bloquons tout » est plus représentatif d’une France diplômée, très jeune, marquée à gauche, loin d’être apolitique. Le seul point convergent selon l’auteur de l’étude : la volonté de démocratie directe. Une volonté qui ne laisse pas de marbre le PCF, qui a placé la démocratie depuis des années, non sans difficultés, au cœur de sa réflexion. Nous faisons nôtre la pensée de Gramsci : « Notre visée de dépassement du système capitaliste en crise ne peut s’affirmer que par la diffusion et l’extension des pouvoirs dans les mains du plus grand nombre, ayant ainsi la maîtrise consciente du processus politique. » (La démocratie : le but et le chemin ? Congrès PCF, 2018). Ce besoin ne peut être sous-estimé ni ignoré, quand neuf personnes sur dix se réclamant du mouvement « Bloquons tout » veulent que le peuple fasse la loi sans passer par des représentants. Ce n’est pas sans rappeler le mot d’ordre des gilets jaunes : le référendum d’initiative citoyenne.

La démocratie directe : de quoi est-elle le nom ?

D’un processus balbutiant qui prend corps dans la société. Son expérimentation la plus récente est le débat initié par le PCF lors du référendum constitutionnel, avec la diffusion massive de l’intégralité du texte du traité, permettant au peuple d’en maîtriser les tenants et les aboutissants. Un épisode de la Libération en juillet 1945 est souvent laissé dans l’ombre, sans doute parce qu’il a trait à un moment fertile d’élan démocratique. Tous les citoyens français sont alors appelés, dans l’esprit de la Révolution de 1789, à formuler par écrit des propositions pour aider à la reconstruction et poser les bases de l’avenir du pays. Ces jours-là, il s’agissait de donner la parole au peuple. Louis Saillant voyait dans la rédaction des cahiers de doléances un possible dépassement du système représentatif, trop délégataire, écartant les citoyens de la possibilité d’exprimer leurs aspirations : « une expérience inédite de démocratie agissante ».

Perspectives politiques actuelles

À l’issue du 8 septembre, par la voix de Boris Vallaud — président du groupe socialiste —, le Parti socialiste affirme vouloir gouverner et trouver des compromis avec les macronistes sur la base d’un budget de « gauche », mais en partie différent des propositions du Nouveau Front populaire. Le deal : renoncer à l’utilisation du 49.3 en échange d’une obligation faite au Parlement de trouver des majorités sans avoir recours à la censure, avec l’espoir de s’appuyer sur une majorité — celle des députés élus dans l’élan du front républicain, tant de droite que de gauche. Cela suffira-t-il pour « tourner la page du macronisme » et répondre à « l’urgence vitale de passer à autre chose », dans l’hypothèse où Macron nommerait un socialiste Premier ministre ? Rien n’est moins sûr. Le bouillonnement en cours dans le pays nous invite à rendre acteur le peuple, comme il le réclame, en élaborant avec lui un pacte national pour un autre avenir, en donnant un nouveau souffle à la démocratie directe, en organisant des États généraux où les organisations de gauche auront leur place pour confronter leurs projets avec le peuple. Tout le contraire de la mascarade macronienne du « grand débat national ».

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