C’est un fait : il n’y a pas de majorité à l’Assemblée nationale pour la réforme des retraites.
Le vote du jeudi 5 juin 2025, de la résolution proposée par le groupe communiste et ultramarin, ne fait que conforter le rejet toujours prégnant dans l’opinion : 78 % des salariés actifs y sont opposés.
198 députés ont voté pour l’abrogation de la loi imposée au forceps, à coups de 49.3, par le couple Borne-Macron.
Seulement 35 se sont prononcés pour son maintien. Courageusement, la majorité des députés macronistes se sont défilés en désertant les bancs de l’Assemblée.
Ils ont beau objecter que le texte approuvé dans l’hémicycle n’est pas contraignant… alors pourquoi cette lâche posture ?
La réponse est apportée par le député communiste Stéphane Peu : « La résolution ne peut être ni amendée ni bloquée par l’article 40. Nous aurons la vérité des prix sur qui combat ou non ce texte. »
Depuis 2023, les différents gouvernements ont usé de tous les artifices pour empêcher le vote des députés et bloquer l’examen de pistes alternatives :
• le recours abusif à l’article 47.1 (dont le but est de limiter les débats à 20 jours afin d’imposer une commission mixte toute dévouée au gouvernement),
• l’article 44.3 (dit du vote bloqué, permettant au gouvernement de demander un vote sur l’ensemble ou une partie d’un texte, en ne retenant que les amendements qu’il a proposés ou acceptés),
• et le fameux article 49.3, qui permet le passage en force d’une loi sans vote, lorsqu’on dispose de la majorité absolue.
En novembre 2024, la tentative de LFI, dans le cadre de sa niche parlementaire, d’abroger la réforme avait buté sur une obstruction parlementaire bien orchestrée par la droite et les macronistes.
Ils ont multiplié les amendements pour éviter un scrutin qui devait impérativement intervenir avant minuit.
Cette manœuvre dilatoire a permis d’écarter tout vote des parlementaires.
Il n’en demeure pas moins que le symbole et le message envoyés sont puissants.
Déjà au plus bas dans l’opinion, il devient moralement de plus en plus difficile pour la clique aux affaires d’ignorer la volonté du peuple, de se dérober à ses responsabilités.
Dans le contexte actuel, faire subir un nouvel affront aux députés serait lourd de conséquences.
« Cela prendra probablement la forme du dépôt d’une motion de censure. Sur un tel sujet, elle pourrait avoir d’autres effets que les motions de censure précédentes », déclarent les députés GDR (communistes et ultramarins).
À l’évidence, le vote a relancé le débat sur le financement des retraites.
Il engage « les futurs arbitrages au moment de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale à l’automne », estime Gabriel Amard, député LFI. Nous ne croyons pas au hasard.
La préconisation forte du président du COR, nommé en 2023 par Emmanuel Macron, Gilbert Cette – ultralibéral assumé, au demeurant en charge du programme économique du candidat Macron en 2017 – d’un nouveau recul de l’âge légal ouvrant droit à pension dès 2030, pour atteindre 66,5 ans en 2070, est une instrumentalisation supplémentaire.
Les données du Conseil d’Orientation des Retraites, jusqu’à son arrivée, sont claires : les dépenses de retraite en pourcentage du PIB restent stables à long terme (13,7 % actuellement, 13,2 % projetés en 2070).
Il n’y a pas le feu au lac !
Abroger la réforme de 2023 nécessite 15 milliards d’euros d’ici 2030.
Les pertes de cotisations non compensées par l’État ont coûté 9 milliards d’euros en 5 ans.
Les allègements de cotisations (fruit du travail des salariés) représentent 80 milliards d’euros.
Les fonds de la caisse d’assurance vieillesse, ce sont 400 milliards d’euros qui échappent aux fonds de pension, à l’abri du boursicotage et du yoyo des marchés : 400 milliards sécurisés au service de nos vieux jours.
Pour les « Edouard Philippe », qui en ont fait un des thèmes de campagne pour les prochaines présidentielles, et bien d’autres chez les libéraux, le talon d’Achille du monde du travail pour introduire « une dose de capitalisation », ce sont les classes moyennes dites supérieures, un électorat considéré comme acquis.
Tout en orchestrant la baisse des pensions par répartition, il leur est proposé de compenser cette perte par l’adhésion à un système d’épargne en vigueur outre-Atlantique.
Tout ce qui brille n’est pas or !
Capital, le magazine « économique » contrôlé par Vincent Bolloré, estime le besoin annuel en capitalisation pour espérer compenser la baisse des pensions à ni plus ni moins que deux mois de salaire par personne, soit quatre mois pour un couple – avec un rendement d’épargne optimiste de 3,5 %.
C’est mission impossible, sans compter les inévitables et réguliers krachs financiers : une épée de Damoclès pendant 43 ans, avec le risque de voir partir en fumée tout ou partie de cette épargne.
D’autant plus qu’au regard de l’article 83 du Code général des impôts, il est obligatoire de verser une partie du salaire mensuel, mais en contrepartie, l’assureur ou le gestionnaire n’a LUI AUCUNE OBLIGATION, encore moins celle de restituer le capital épargné.
Le moindre recours, y compris juridique, est impossible.
Bonjour les dindons !
Avec, aujourd’hui, les trois quarts des Français qui réprouvent la réforme et la baisse constante des salaires, l’affaire est loin d’être dans le sac pour les tenants du libéralisme.
Reste à gagner les consciences sur l’alternative à ce projet.
C’est à cela que s’attèle le PCF !

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