LE(S) IRRESPONSABLES(S)

13, octobre 2025

Thématique Expressions : démocratie | société

Au moment où ces lignes sont écrites, nous ne savons pas quelle va être la volonté du prince en son palais de l’Élysée. La crise de régime est à son paroxysme. Indubitablement, nous devons cette situation à E. Macron, arc-bouté pour servir au mieux le gratin de la société au libéralisme débridé, imbu de lui-même, sur une stratégie perdante bloquant le pays depuis son refus de nommer un Premier ministre issu des rangs de la gauche.

 

Les racines idéologiques du moment
Ce titre, on le doit au livre de J. Chapoutot, dont nous recommandons vivement la lecture. L’auteur y retrace la dynamique qui a permis aux nazis de prendre le pouvoir au début des années 1930. À l’époque, comme Macron aujourd’hui, les « libéraux autoritaires », que l’on définit actuellement d’« extrême centre », menaient : « une politique d’austérité, de subventions aux entreprises, de dérégulation et de destruction de l’État social. Ils violent la Constitution démocratique pour imposer leurs décisions, transformant le régime parlementaire en régime présidentiel. Convaincus d’être les meilleurs, ils pensaient rester longtemps au pouvoir, mais leur base électorale fondait comme neige au soleil. Après avoir tenté toutes les stratégies possibles pour se maintenir, ils ont fini par s’allier à l’extrême droite. » (sic)
Plus loin dans le texte : « En l’espèce, leurs positions dans les configurations politiques, économiques et sociales de la France de 2025 et de l’Allemagne de 1932 sont analogues. » Le fait que Macron souhaitait appeler à Matignon le Rassemblement National, avec la conviction que le chaos engendré par l’extrême droite au pouvoir lui permettrait de se refaire la cerise, est un secret de Polichinelle. Du pur délire. Le FN/RN le sait et l’histoire l’a confirmé : pour s’emparer du pouvoir, l’extrême droite a toujours eu besoin de la complicité des élites capitalistes.

La stratégie sociale du FN/RN
Pour capter le « populo » désorienté, aux repères de classe dissolus, au point de laisser le FN/RN détourner son besoin de justice sociale, son aspiration à l’égalité dans la haine de l’autre, de l’étranger, de l’immigré, l’extrême droite, non sans succès, a donné dans la fibre sociale. Maintenant qu’elle considère avoir conquis une partie suffisante des classes populaires et moyennes, elle amadoue les classes favorisées et le patronat. Le FN/RN drague les électorats LR ou macronistes.
Aux gémonies le soutien aux gilets jaunes, la retraite à 60 ans, l’ISF : le parti de la flamme retranscrit dans son programme les propositions du MEDEF. Il monte au créneau contre la loi Zucman, pourtant approuvée par 75 % de ses adhérents. Jusqu’en 2022, Macron était le poulain du MEDEF, de la finance ; depuis, les mouches ont changé d’âne. Geoffroy Roux de Bézieux (MEDEF) estimait à cette époque : « Le parti lepéniste dangereux pour le pays », désormais il juge que celui-ci « vise juste ».
Dans ses rangs, certains espèrent « une coalition de droite et d’extrême droite qui sortirait le champ politique de l’actuelle situation d’ingouvernabilité ». Pas surprenant : à contrario de 2022, l’absence d’appel du MEDEF en 2024 à faire barrage au FN/RN. Sans aucun doute, pour la bourgeoisie, celui-ci reste la meilleure option afin de garantir un après-macronisme au service exclusif de ses intérêts.

Les attentes et la responsabilité de la gauche
La gauche progressiste, mise à part la LFI, qui requiert le départ de Macron, au-delà de leurs divergences, a réclamé mardi 07/10/2025 au chef de l’État la nomination d’un gouvernement de gauche, dont la feuille de route serait notamment l’abrogation de la réforme des retraites qui fait consensus au sein de l’Assemblée, si l’on ne néglige pas qu’elle a voté en ce sens une proposition non contraignante des communistes le 05/06/2025.
L’urgence est de répondre aux attentes exprimées dans la rue. Il est de la responsabilité de la gauche de ne pas donner le moindre prétexte au locataire de l’Élysée pour refuser de désigner un Premier ministre issu du NFP. On a du mal à croire que la LFI censurerait un gouvernement qui appliquerait certaines mesures consensuelles, comme l’adoption de la taxe Zucman, pour le contrôle et le conditionnement des 211 milliards d’euros d’aide au patronat, pour l’abrogation de la réforme des retraites, la baisse de la CSG afin de redonner du pouvoir d’achat aux Français.

Les fractures du camp présidentiel
Macron est de plus en plus isolé. Dans son propre camp, des voix discordantes se font entendre. Borne n’a-t-elle pas déclaré être favorable à la suspension de sa réforme des retraites ? « Il faut savoir écouter et bouger. » « On ne pourra pas faire l’économie de la gauche pour gouverner », affirme Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la Transition écologique.
Il est clair que parvenir à imposer un Premier ministre de gauche à Matignon, puis des réformes ambitieuses qui nécessiteront d’éventuels compromis avec la macronie, ne sera pas chose facile. Mais, dans la mesure où son gouvernement chuterait sur l’adoption de la taxe Zucman ou sur les retraites, cela signifierait que le FN/RN et la macronie ont pactisé contre une réforme sociale, et cela contribuerait à affaiblir le parti lepéniste. — Au regard des derniers sondages et de son ancrage électoral, permettez-nous d’en douter, exprime-t-on du côté du PS.

Un risque de basculement
À notre avis, le principal appui reste celui des Français : 80 % d’entre eux veulent des mesures fortes, l’abrogation de la réforme des retraites, la taxe Zucman… Ce serait folie pour la macronie, qui souhaite de la stabilité, de faire tomber un gouvernement qui entend enfin les Français.
Le paradoxe est que ceux-ci, qui soutiennent ces réformes, sont prêts à porter au pouvoir le FN/RN, qui s’assume en parti des patrons. Au travers de Macron, s’il refuse l’alternative d’une gauche légitime à gouverner, la bourgeoisie, comme en d’autres temps, aura choisi de pousser la France vers un basculement autoritaire. Et la question posée à la gauche sera d’une autre nature.

0 commentaires

Les Élus

Nos dernières archives

 

Dénomination du parvis du bâtiment Pierre Mendes France et du Centre Communal de Santé

Donner un nom à un bâtiment, une rue, un espace public n’est pas un acte neutre. C’est reconnaître à cette personne d’avoir marqué l’histoire de notre collectivité et d’incarner par ses actions ou ses écrits, des valeurs dans lesquelles nous nous reconnaissons.

Tram-train Bordeaux-Lacanau : une évidence.

C’est avec plaisir que nous voyons ces derniers jours fleurir dans la presse locale et les médias, des articles examinant le projet de relier Bordeaux à Lacanau par un train (40 km entre Saint-Médard en Jalles et Lacanau).
Pas de résultats

Thèmatiques Expressions