Le tournant libéral et la désindustrialisation
On ne mobilise pas uniquement sur le péril, mais en portant un espoir. C’est ce que ne semblent pas vouloir entendre nombre de dirigeants à gauche.
Ont-ils perdu de vue le fait que malgré le soutien de la CGT au Nouveau Front Populaire, le FN/RN a obtenu deux fois plus de voix chez les ouvriers et employés que le NFP après la dissolution de 2024 ?
L’essentiel, le gros des troupes, s’est réfugié dans l’abstention. Chat échaudé craint l’eau froide ; un adage qui semble gravé dans la mémoire collective de la classe ouvrière. Échaudée, elle le fut lorsqu’après le tournant de la rigueur au milieu des années 80, la gauche sociale-démocrate qu’elle avait portée au pouvoir pour changer la vie se convertit sans vergogne au libéralisme. Après avoir entamé le premier blocage des salaires et des prix, qui s’avère être une machine à plonger progressivement et durablement dans la pauvreté les agents de la fonction publique, elle met en chantier à grande échelle la casse industrielle dans quatre secteurs clés de l’industrie : les charbonnages, l’acier, les chantiers navals et l’automobile. On mobilise pour ce faire « l’intelligentsia de la nouvelle gauche », la plupart des anciens « soixante-huitards » ou de nouveaux arrivistes comme Bernard Tapie, dont le rôle est de présenter le monde industriel, sa classe ouvrière et ses luttes comme un monde révolu, ringard, auquel on jette un regard méprisant, voire humiliant. De la même façon, le PCF, qui contre vents et marées tente de résister au discours dominant, est décrié comme un acteur du passé, d’autant qu’il est sorti affaibli des successives échéances électorales. La litanie des renoncements pour satisfaire les tenants du CAC 40 va marquer les décennies suivantes. Les conséquences de ces choix sont encore devant nous. En fermant les usines, en délocalisant la production, en abandonnant des pans entiers de notre industrie, ce ne sont pas seulement des emplois qui ont disparu.
Ce sont des savoir-faire, des bassins de vie, des repères collectifs qui ont été balayés. Là où l’usine structurait la vie sociale, syndicale et politique, se sont installés le chômage, la précarité et parfois le sentiment d’abandon. Comment s’étonner dès lors qu’une partie du monde du travail ait fini par se détourner de ceux qui avaient promis de changer la vie ?
La gauche face à ses impasses
Rappelons à tous, y compris aux leaders de la gauche qui se prétendent de rupture et incarner le peuple, qu’il a fallu 40 ans pour se réveiller. Le constat est amer !
LFI a beau clamer haut fort que c’est la seule force qui progresse à gauche, elle le fait en siphonnant les autres forces de gauche, en jouant à l’envi sur le vote utile et ne contribue pas à rompre le plafond de verre des 25% permettant à la gauche de gagner les élections.
La question n’est donc pas seulement celle du rassemblement des forces de gauche entre elles.
Elle est celle de millions de salariés, d’ouvriers, d’employés et de retraités qui ne croient plus que la politique puisse améliorer leur existence.
Le PCF, lui, met au cœur de son analyse la question de la production. Son plan Climat Empreinte 2050 (www.pcf.fr/plan_climat_du_pcf) articule réindustrialisation, transition écologique et enjeux énergétiques. Car on ne répond pas à la crise sociale et climatique sans relancer et transformer la production en France.
Tant que ne seront pas traitées les fermetures de sites, la perte de maîtrise de notre production, la dépendance industrielle et l’insécurité sociale qui en découle, il sera difficile de retrouver la confiance du monde du travail.
La gauche est-elle condamnée à la posture de « faire barrage » pour éviter le pire ?
Il n’est pas anodin qu’en pleine préparation du 40e congrès du PCF, le texte du conseil national issu de la direction du PCF soit l’objet d’une attaque forte des dirigeants de LFI afin d’obtenir au contraire un soutien à la candidature de J.-L. Mélenchon. Si celui-ci a abandonné peu à peu la question sociale, le PCF entend faire de la lutte des classes une priorité. L’appropriation des outils de production, de notre point de vue, doit être au cœur de la campagne des présidentielles. Il est impératif de reconquérir des filières abandonnées comme notamment l’acier, l’automobile. Nous devons le faire pour atteindre nos objectifs climatiques. Le plan climat-empreinte 2050 de notre parti (voir expression du 25/11/2023) montre bien que cela nécessite une limitation de nos importations.
Produire à nouveau en France est une nécessité économique, sociale et écologique.
Chaque fermeture d’usine accroît notre dépendance, creuse le déficit commercial et réduit notre capacité à décider de notre avenir. La crise énergétique et les tensions internationales montrent combien l’abandon de notre appareil productif nous rend vulnérables.
De même, on ne peut pas évacuer la question énergétique et la place du nucléaire civil pour produire plus d’énergie décarbonée afin de s’inscrire dans ces objectifs. Ce serait faire peu de cas de l’impérialisme décomplexé de D. Trump et sa clique qui mène la guerre de l’énergie pour s’approprier les richesses et installe le pays dans une situation de dépendance. Une reconquête industrielle passe par des nationalisations avec de nouveaux pouvoirs pour les salariés et la réorientation des aides publiques vers la relocalisation de l’industrie. À l’instar de nos camarades espagnols, nous mènerons aussi la bataille en Europe contre les traités européens, pour de nouveaux traités de coopération à l’opposé d’un libre échange mortifère.
Le monde du travail au cœur du projet communiste
Il est illusoire de faire croire que l’effacement du PCF à la présidentielle pourrait garantir une défaite de l’extrême droite, l’électorat du PCF ne vit pas au travers des autres. C’est en menant la bataille idéologique que nous ferons reculer l’extrême droite qui a su profiter du mal être social marqué par une grande incertitude quant à l’avenir. Nous voulons centrer notre campagne en nous adressant largement aux « ringardisés », ces électrices et électeurs tentés par l’abstention ou des votes qui seront des impasses.
Nous voulons contribuer à en faire les acteurs permettant l’ouverture d’un chemin de rupture avec le capitalisme, de regagner leur place dans la société, de creuser un chemin d’avenir pour la France qui réponde à leurs doutes, leur colère, leur attente de solutions. Comme nous avons su le faire en 1936 en promouvant la création du Front populaire en s’appuyant partout sur les initiatives du monde du travail.
« La France est le pays de la passion de l’égalité. Celle que j’entends porter si les communistes me choisissent comme candidat », s’engage Fabien Roussel.
Cela signifie révolutionner la production avec de nouveaux pouvoirs des salariés et répartir les richesses.
L’enjeu démocratique de 2027
C’est aussi le fondement d’une « nouvelle République » qu’évoque Dominique Rousseau, professeur émérite de droit public, arguant : « que la question démocratique fondamentale est celle d’une organisation politique du pays où à l’hyper présidentialisme se substitue un parlementarisme plus ouvert non seulement à l’association des
citoyens à l’élaboration des lois et des décisions publiques nationales, mais aussi à la participation des citoyens à la détermination des conditions de travail et à la gestion des entreprises ».
Dire « la nouvelle République », c’est annoncer une République parlementaire, sociale et citoyenne, ce n’est pas la République actuelle. D’où l’enjeu des élections législatives de 2027 que les médias s’efforcent d’éluder. Et notre professeur d’ajouter : « en 2027, une élection d’un président de droite pour sauver la République, au regard de l’expérience récente, ne garantit pas une assemblée majoritairement à droite. La gauche devrait aujourd’hui moins penser à l’élection présidentielle et davantage aux législatives déterminantes qui suivront et qui, elles, décideront de la politique du pays. Ce qui, au demeurant, est conforme à la culture constitutionnelle de la gauche, toujours méfiante – à raison – à l’égard de l’idée de l’homme providentiel.»
La bataille des présidentielles devrait permettre avant tout de mener celle des idées, laissant aux Français la possibilité d’exprimer de quel programme ils se sentent le plus proches dans une atmosphère à gauche où ses composantes acceptent leurs différences, le dialogue et le débat devant notre peuple, sans s’invectiver ni s’insulter, sans jeter l’anathème. C’est la ligne de conduite que se fixent les communistes.

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