Depuis le 27 avril et jusqu’au 22 mai, New York accueille la 11e Conférence d’examen du TNP, dans un climat encore plus difficile que celui des deux sessions précédentes. Celles de 2015 et 2022 s’étaient déjà soldées par un échec, sans parvenir à adopter un document final commun.
Un traité de non-prolifération fragilisé par l’absence de désarmement
Le Traité de non-prolifération nucléaire devait être un garde-fou. On est en 1970. La guerre froide dure depuis plus de vingt ans, et 1962 a laissé des traces : pendant la crise des missiles de Cuba, Washington et Moscou se sont retrouvés au bord du conflit nucléaire. C’est dans ce contexte qu’un compromis est trouvé.
Les pays qui n’ont pas l’arme atomique s’engagent à ne pas la développer. Ceux qui l’ont s’engagent à travailler sérieusement à la réduire. Un échange. Une promesse solennelle. Sur le moment, ce compromis semblait tenir.
Mais plus de cinquante ans après, beaucoup de pays non nucléaires ont le sentiment d’avoir été les seuls à respecter leur part du contrat.
Les grandes puissances, elles, ont continué comme avant. États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni : tous ont modernisé leurs arsenaux, tous y ont consacré des budgets en hausse, et personne ne leur a vraiment demandé de comptes. La contradiction est tellement visible qu’elle est devenue impossible à ignorer.
Un malaise s’est installé, qui a viré par endroits à la franche exaspération. Ce que plusieurs États disent maintenant sans détour : il y a ceux à qui on interdit la bombe pour toujours, et ceux qui la gardent en expliquant qu’elle est vitale pour leur sécurité.
Deux poids, deux mesures. Et tout le monde le voit. C’est précisément ce qui fragilise aujourd’hui le TNP.
Une nouvelle course aux armements portée par les puissances nucléaires
Le contexte international actuel n’arrange rien. La guerre en Ukraine, les tensions entre Pékin et Washington, les conflits qui s’accumulent un peu partout : ces dernières années, le contexte international s’est durci. Dans ce climat, les budgets de défense ont recommencé à grimper. Les grandes puissances nucléaires modernisent leurs missiles, leurs sous marins, leurs systèmes de dissuasion. Et dans leur sillage reviennent des discours qu’on pensait appartenir à une autre époque.
Celle de la guerre froide, de la destruction mutuelle assurée, des bras de fer atomiques. On les croyait révolus. Ils ne l’étaient pas.
La France suit elle aussi cette trajectoire.
Emmanuel Macron défend régulièrement la dissuasion nucléaire française comme un élément central de la stratégie du pays. Paris pousse également l’idée d’une « dissuasion avancée » avec une dimension européenne plus marquée. Pour les partisans du désarmement, cette orientation est préoccupante. Ils y voient une
manière de normaliser encore davantage l’arme nucléaire.
Autre sujet sensible : la transparence.
Ces dernières années, la France communique moins qu’auparavant sur certains aspects de son arsenal nucléaire. Des associations pacifistes dénoncent un mauvais signal envoyé au reste du monde. Et derrière tous ces débats stratégiques, il y a quand même une réalité très concrète : une guerre nucléaire provoquerait des dégâts humains et environnementaux gigantesques. Même limitée.
Les propositions du PCF pour revitaliser le TNP et avancer vers le désarmement
Face à cette situation, plusieurs organisations et partis politiques continuent de défendre une autre approche. Le Parti communiste français estime notamment que la France devrait profiter des conférences d’examen du TNP pour relancer des discussions sérieuses sur le désarmement. L’idée serait de remettre sur la table des engagements précis plutôt que de simples déclarations de principe. Réduction progressive des arsenaux, nouveaux calendriers de négociation, reprise du dialogue multilatéral : plusieurs pistes sont avancées. Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires revient aussi souvent dans les discussions.
Ce texte, soutenu par de nombreux États non nucléaires et plusieurs ONG, vise à interdire totalement l’arme atomique.
La France refuse pour l’instant d’y participer. Mais certains considèrent qu’une présence française comme observateur serait déjà un premier geste.
Un sujet qui revient dans le débat public
Pendant longtemps, la question nucléaire semblait un peu éloignée des préoccupations quotidiennes. Aujourd’hui, c’est difficile de le prétendre encore. Les conflits qui ont ressurgi aux portes de l’Europe, les crises qui s’accumulent ailleurs, et surtout ces dirigeants qui sortent la carte nucléaire en pleine négociation diplomatique comme si c’était une pratique ordinaire : le sujet est revenu dans le débat public, qu’on le veuille ou non.
À New York, à chaque réunion sur le désarmement, des organisations comme ICAN ou le Mouvement de la Paix continuent de dire ce que les grandes puissances refusent d’admettre : la terreur nucléaire n’a jamais été une politique de sécurité. C’est un pari. Un pari que personne ne peut se permettre de perdre. Au fond, le débat dépasse largement la seule question militaire. Il pose aussi une question politique assez simple : est-ce qu’un monde plus sûr peut réellement reposer sur la possibilité d’une destruction massive ?
SOURCE : COMMUNISTES, N° 1086, 13 MAI 2026.

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