La répression contre les usagers
Vendredi 5 juin, deux articles concernant les transports métropolitains assez révélateurs sur l’état des lieux de ce service public ont attiré notre attention.
Le contrôle inopiné la veille de plus de 1200 usagers à Blanquefort, 82 personnes ont été verbalisées pour des titres de transports non validés et deux pour des incivilités, et le mouvement de grève à l’appel de la CGT. « Ces actions visent à renforcer la sécurité des usagers et à lutter contre la fraude sur le réseau de transports en commun », assure la gendarmerie. Une opération de même envergure avait eu lieu deux mois auparavant entraînant 50 verbalisations.
Est-ce vraiment le rôle de la gendarmerie de suppléer les contrôleurs de Keolis ?
Peut-on parler de fraude au vu de l’ampleur qu’a tendance à prendre le phénomène de « resquille », de notre avis nettement sous-estimée ?
Nombreux sont les signataires de notre pétition pour la gratuité des transports en commun qui ne cachent pas leurs difficultés et nous avouent ne pas pouvoir les payer. Rappelons que 7 millions de personnes en France dépendent de l’aide alimentaire. Quand on est au sou près, on préfère utiliser le prix du billet pour acheter une baguette. Ne serait-ce pas plutôt une manifestation encore diffuse de l’aspiration à la gratuité de ce service public, efficient dans 40 villes et métropoles ?
Nous aurions préféré que les maires fassent pression sur la région pour étendre la gratuité à l’ensemble de la population.
Keolis face à sa responsabilité
Nous n’avons pas affaire à des délinquants et nous sommes en droit de nous demander si à terme le déploiement coûteux de ce dispositif déjà inefficace ne sera pas contre-productif sur le plan financier. Le même jour la CGT TBM appelait à la grève pour dénoncer le manque d’effectifs et la dégradation des conditions de travail. Elle estime à 200 le nombre de chauffeurs nécessaires pour assurer dans de bonnes conditions leur mission de service public, dont 50 immédiatement. La tension est palpable dans les services et affecte sérieusement la santé tant physique que mentale des agents. Pour la direction de Keolis, le seul responsable est l’absentéisme passé de 10 % à 15 %. « Nous sommes au bord de l’épuisement. TBM doit 67 500 jours de récupération aux conducteurs, elle n’est pas en mesure de leur accorder, par manque de main-d’œuvre pour assurer en même temps la continuité du service », indique un responsable syndical. La direction de Keolis joue les autruches la tête enfoncée dans le sable.
Il y a bien cause à effet entre l’augmentation des arrêts de travail et le mal-être des salariés, victimes de la course sans fin aux profits. Cela pose d’ailleurs la question de la gestion opaque de TBM soulevée lors d’un conseil métropolitain par l’élu communiste de Bordeaux Olivier Escot, de l’utilisation de l’argent public. Quelque peu guignolesque, le tableau de la maréchaussée et des contrôleurs de TBM pourchassant les « mauvais payeurs » pendant que les chauffeurs tentent par tous les moyens de ne pas sombrer.
La gratuité, un choix politique
Partout où la gratuité a été instaurée, les incivilités ont reculé. Il est possible de financer la gratuité des transports et le développement de ceux-ci en portant à 3 % le versement mobilité payé par les entreprises. Cette cotisation sociale participe du salaire indirect dû aux salariés au même titre que la sécurité sociale.
Il appartient à l’autorité organisatrice de la mobilité de fixer le taux du versement mobilité. Les communautés d’agglomération, les communautés urbaines, les métropoles sont autorités organisatrices de la mobilité, elles assurent l’exploitation directe en régie ou bien la délèguent à des sociétés privées, elles participent à l’équilibre financier des services grâce notamment au versement mobilité prélevé sur la masse salariale des entreprises. Il est donc bien question de volonté politique et il incombe à la métropole de mettre en place la gratuité sur notre territoire, de faire la clarté sur la gestion par Keolis de TBM, de l’argent public qui lui est alloué.
Pour un service public des transports renforcé
Les communistes sont favorables à l’exploitation directe en régie de TBM. D’expérience, avec la mise en régie du Stade Atlantique et de l’Eau de Bordeaux, elles s’avèrent moins coûteuses pour les contribuables. Fort du succès de leur pétition pour la gratuité, les communistes entendent poursuivre et amplifier la campagne pour la gratuité notamment sur notre commune de St-Médard-en-Jalles et d’instaurer des navettes interquartiers, expérimentées en 2014 pendant la campagne électorale dans la commune la plus étendue du département.
Nous souhaitons mettre au grand jour le double discours sur la nécessaire anticipation du réchauffement climatique, l’adaptation de la mobilité à cet impératif et l’inaction volontaire dont nous nous sommes les spectateurs bien malgré nous.
« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».
(Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793.)

0 commentaires