L’affaire Lyhanna : au-delà de l’émotion, le constat d’une faillite politique
Début juin 2026, l’horreur a de nouveau frappé notre conscience collective avec la découverte du corps de la petite Lyhanna, 11 ans, dans le Gers. Derrière l’effroyable chagrin d’une famille à laquelle nous pensons intensément, les éléments connus sont accablants : depuis plusieurs années, des alertes, des signalements et des procédures concernaient le principal suspect. Pourtant, aucun dispositif n’a permis d’empêcher qu’une enfant de 11 ans perde la vie.
Comme l’a immédiatement dénoncé le Parti communiste français dans son communiqué du 5 juin, il ne s’agit pas ici de désigner à l’avance des responsabilités individuelles, mais d’identifier une claire responsabilité politique. Lorsque les services de justice manquent de magistrats, lorsque les enquêtes s’accumulent faute d’effectifs, lorsque les délais deviennent incompatibles avec la protection immédiate des enfants, nous ne sommes plus face à des dysfonctionnements isolés. Nous sommes face à une faillite structurelle.
Ce drame fait cruellement écho à l’affaire Amandine Pissarra, cette enfant de 13 ans morte de dénutrition et sous les coups de ses proches dans l’Hérault. Un fil rouge tragique unit ces vies brisées : des enfants avaient parlé. À la gendarmerie, à l’école, auprès des services sociaux, des voyants rouges s’étaient allumés. C’est précisément parce que l’enfant est dévalorisé comme sujet qu’on refuse d’entendre son cri.
La parole de l’enfant se heurte trop souvent à des institutions sourdes, non par cruauté individuelle des agents, mais par l’asphyxie organisée des services publics. Les Informations Préoccupantes s’empilent sur des bureaux de travailleurs sociaux débordés, les juges n’ont plus de places de placement disponibles, et la médecine scolaire a été méthodiquement démantelée.
Chaque année, des milliers de mineurs victimes de violences sexuelles voient leur parole se heurter à des procédures interminables, des plaintes classées sans suite et des enquêtes en attente. La mort de ces enfants n’est pas un accident de parcours. C’est le résultat logique d’une société qui a cessé de mettre les moyens financiers et humains pour recueillir et valider la parole des plus faibles. Derrière chaque fait divers dramatique se cache en réalité un fait social majeur.
La bascule idéologique : de l’enfant « sujet » à l’enfant « encombrant »
Il y a une contradiction flagrante dans notre époque. On n’a jamais autant parlé des droits de l’enfant, et pourtant, les structures sociales témoignent d’une hostilité passive mais grandissante à leur égard.
Le symptôme des wagons « No Kids » en est l’illustration : l’exclusion des enfants de certains espaces publics au nom du confort ou de la productivité des adultes (comme les espaces sans enfants dans les transports) montre que la présence de l’enfant est de plus en plus vécue comme une anomalie ou une nuisance sonore pour cadres pressés.
C’est un recul majeur, une véritable rupture historique. Pour les communistes, l’humain, dont l’enfant, n’est pas une marchandise. Ce combat ne date pas d’hier. Historiquement, c’est le mouvement ouvrier qui a arraché les enfants des griffes de l’exploitation capitaliste originelle. Au XIXe siècle, le capitalisme sauvage envoyait les enfants de huit ans mourir au fond des mines de charbon ou s’estropier dans les filatures textiles pour des salaires de misère.
C’est par la lutte des classes et l’action des parlementaires progressistes que le travail des enfants a été aboli, imposant l’école obligatoire et le droit à l’insouciance.
L’objectif était de faire de l’enfant un sujet de droit, protégé, dont le seul « travail » devait être d’apprendre et de grandir.
Aujourd’hui, on réintègre l’enfance dans une logique de marché et de commodité. Assez de cynisme.
Comme le soulignait si finement Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince : « Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants mais peu d’entre elles s’en souviennent ».
Le scandale de la marchandisation : des Ehpad aux berceaux
Le parallèle est total entre le scandale des crèches privées lucratives (affaires Baby Loup, enquête Les Ogres de Victor Castanet sur People & Baby) et celui des Ehpad privés (Orpea). Dans les deux cas, la même logique comptable s’applique : le capitalisme s’empare des deux extrémités vulnérables de la vie humaine (la petite enfance et le grand âge) pour en faire des variables d’ajustement. Rationner les repas des nourrissons, réduire le nombre de couches, baisser les grammages ou sabrer dans les taux d’encadrement pour maximiser les profits, c’est appliquer la gestion industrielle à la chair humaine.
Le faux remède a été l’externalisation. L’État a délégué ces compétences à des opérateurs privés sous prétexte d’efficacité, créant un système maltraitant structurellement, où le soin est fondamentalement incompatible avec le rendement exigé par les actionnaires.
Le paradoxe de l’époque : « réarmement démographique » contre abandon réel
Nous touchons au nœud de l’hypocrisie politique. Le discours officiel sur le « réarmement démographique » s’oppose frontalement au démantèlement des services publics. C’est le « en même temps » macroniste : inciter à la natalité d’un côté, fermer les maternités et laisser la protection de l’enfance s’effondrer de l’autre.
Pour la première fois depuis des décennies, la mortalité infantile repart à la hausse en France. Parallèlement, 400 000 enfants sont jugés en danger, 3 000 dorment à la rue et des milliers d’autres attendent l’exécution d’un placement judiciaire faute de places.
Comme le rappelait V. Sanchez-Voir lors des Assises nationales de la protection de l’enfance du PCF : « La protection de l’enfance est un combat de classe, et un enjeu politique majeur en lien direct avec la crise systémique du capitalisme ». La mort de Lyhanna est le résultat d’un système qui proclame protéger les enfants mais qui ne donne aucun moyen budgétaire pour le faire.
Le plan de protection de l’enfance du PCF
Une priorité se mesure aux moyens qu’on lui donne. Le PCF exige une rupture globale :
- Fin de l’impunité (CIIVISE) : Imposer une liste d’actes d’enquête minimaux obligatoires pour interdire les classements sans suite automatiques et garantir des investigations immédiates après chaque signalement.
- Loi-cadre intégrale : Adopter la loi proposée par la coalition féministe contre les violences intrafamiliales pour protéger mères et enfants.
- Moyens pour la justice et l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE anciennement DDAS) : Plan massif de recrutement et de titularisation dans la justice des mineurs, les services d’enquête, l’ASE et la médecine scolaire, avec un plafonnement strict des dossiers par travailleur social.
- Structures spécialisées : Créer urgemment des places publiques d’accueil à taille humaine et sécurisantes pour les enfants victimes.
- Sanctuarisation constitutionnelle : Inscrire la protection de l’enfance dans la Constitution comme un droit opposable et une priorité nationale.
- Service public 100 % public : Moratoire sur les appels à projets concurrentiels et création d’un grand service public unifié de la petite enfance, gratuit et libéré du profit.
- Zéro enfant à la rue et fin des sorties sèches : Logement immédiat pour les mineurs SDF et accompagnement global inconditionnel des jeunes de l’ASE jusqu’à 25 ans.
« Une société se juge à la manière dont elle protège ses enfants », déclare Fabien Roussel.
Au Parti communiste français, nous refusons une république de l’indifférence, du tri social et de l’austérité budgétaire. Nous exigeons une société du soin, de la dignité humaine, du bien commun et de l’émancipation réelle.
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