La France face à une crise morale et médiatique
Que nous est-il arrivé, interroge un chroniqueur effaré du Sud-Ouest Week-end, pour qu’à longueur de temps et d’antenne nous soyons assommés de palabres consternantes sur les avanies affligeantes des Bardella, des Louis Sarkozy, de bouffons stipendiés (Hanouna), de chevaux de retour (Pascal Praud) et consorts, dont les réseaux sociaux abreuvent l’espace numérique sans retenue ni recul. « Cette bombe à neutrons fragmente les cerveaux et, à la longue, la société… Qu’est-il arrivé à la France, ce pays de grande culture et de pensée politique conséquente ? ».
L’anathème, la mauvaise foi, les contrevérités se substituent au débat d’idées ; ce sont les nouvelles mœurs politiques. Une dégoulinade qui, faute d’arguments à droite, se répand au niveau local.
La montée de l’extrême droite et ses racines idéologiques
En effet, il y a matière à s’inquiéter quand une caste se considère au-dessus des lois, s’attaque aux fondements de nos institutions républicaines, quand la bourgeoisie, à l’instar des aristocrates de l’Ancien Régime, clame qu’elle n’a pas à payer l’impôt.
Nombre de descendants de ces aristocrates figurent à la tête du FN/RN, ce parti fascisant qui prétend défendre les milieux populaires de « souche ». Le plus connu est Wallerand de Saint-Just, membre de l’association d’entraide de la noblesse française. Ancien trésorier de ce parti, il a été condamné à 3 ans de prison pour détournement de fonds publics et complicité.
Toute l’idéologie du FN/RN repose sur le rejet de la Révolution française, de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Pour lui, tous les hommes ne sont pas égaux, mettant en doute ainsi toutes données scientifiques démontrant le contraire. Ce parti désavoue les valeurs de notre République par le rejet du principe d’égalité et défend une hiérarchie sociale fondée sur l’antisémitisme, le racisme sous toutes ses formes et l’exclusion des plus faibles et des groupes décrits comme parasites menaçant la nation française.
Un mécanisme qui conduit au pire : la haine de l’autre, le différent. On mesure la responsabilité de la droite dite républicaine quand elle s’aventure, pour des raisons électoralistes, sur le terrain fielleux de l’extrême-droite. Le fascisme « ça ne commence pas par des fous », comme l’écrit Hugues Jallon, ça commence par des structures, par la banalisation, la normalisation d’un discours anti-humaniste.
Pour y parvenir, le FN/RN entend s’appuyer sur les communes qu’il dirige ou qu’il espère conquérir afin d’y appliquer ses préceptes. Le FN/RN bénéficie du déploiement sur la longue durée de phénomènes structurels ; il n’est pas l’instigateur de son succès, affirment dans leur dernier livre les chercheurs P. Lehingue et B. Pudal.
La crise sociale et économique comme terreau
Face à ce phénomène, l’échec du politique n’a fait qu’accentuer la profondeur de la crise. Quand la gauche, en mal de renouvellement, dès qu’elle arrive au pouvoir ne trouve pas mieux, dans les roues de la droite, que de prioriser systématiquement la lutte contre l’inflation, la restauration des marges des entreprises, la réduction des services publics, ne contribue-t-elle pas à la fatalité de ce que le chroniqueur du Sud-Ouest nomme « un argument de pauvre consommateur : on n’a pas essayé ».
Le vote d’extrême-droite nous est présenté comme un vote populaire, mais la part des classes populaires qui s’abstient est plus importante que celle qui vote FN/RN. Celui-ci recrute plus qu’on ne le croit dans les classes moyennes et supérieures, précisent nos chercheurs.
L’émancipation des classes populaires et l’alternative communiste
C’est bien parce que la classe dominante (la bourgeoisie) a le contrôle des forces productives qu’elle a la main sur la politique. Il s’agit donc de s’émanciper de ce contrôle, de donner un sens de vie à la part des classes populaires gagnées par l’abstention afin qu’elles deviennent, entre autres, la force transformatrice de la société.
C’est ce chemin que débroussaillent les communistes pour aller vers des jours heureux.

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