J’voudrais travailler encore, travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Je coûte moins cher
Que quand je travaillais d’après les experts…
Cette chanson, cet hymne au monde du travail de Bernard Lavilliers résonne avec force aujourd’hui quand un secteur stratégique comme la sidérurgie est menacé de délocalisation en Inde, au Brésil et aux USA.
Le choix guidé par l’obstination aveugle de satisfaire le goût immodéré des actionnaires pour l’argent facile
met en péril la souveraineté de la France.
Aucun secteur industriel ne peut se passer de la sidérurgie, l’acier est essentiel à l’industrie automobile, à l’aéronautique, aux transports, aux infrastructures énergétiques.
Loin d’être en difficulté financière, le consortium Arcelor Mittal a réalisé en 2024, plus de 1,3 milliard de dollars de bénéfices et distribué la bagatelle de 1,7 milliard à ses actionnaires, dont 1,3 milliard sous forme de rachats d’actions.
En 3 ans ces prédateurs ont empoché plus de 6,5 milliards de dollars. Il est à noter qu’en majeure partie cet argent a échappé à l’impôt : en 10 ans Arcelor Mittal n’a payé en France que 190 millions d’impôt sur les sociétés.
Un comble quand le sinistré de Betharam nous fait endurer sa litanie austéritaire.
Le voilà, à la recherche de 40 à 50 milliards d’économie, enfiler son habit non pas de lumière, mais de médecin façon Molière pour ausculter le bon peuple frappé de « pathologie budgétaire ».
Son cierge est de faible lueur et comme le fait remarquer la secrétaire de la CGT, « c’est le gouvernement qui souffre de cette pathologie : il ne s’intéresse jamais aux riches et c’est toujours aux mêmes de faire des efforts. On taxe toujours moins le patrimoine, les dividendes explosent. »
L’argent publique coule à flot pour Arcelor Mittal et sans contrepartie : 298 millions euros d’aide publiques dont 195 millions au titre de taux réduits sur les factures d’énergie, 41 millions d’allègement de cotisations sociales (bonjour le déficit de la Sécu), 40 millions de crédit d’impôt recherche et 22 millions d’aide d’urgence.
Sommes soupçonnées de détournement au profit des actionnaires, à laquelle devraient se rajouter 850 millions en soutien à son projet de production d’acier décarboné à Dunkerque sur le site menacé de fermeture.
Quid des promesses de reconquête industrielle de Macron ?
A Florange, haut lieu d’antan de la sidérurgie, les serments trahis de N. Sarkozy et de F. Hollande ont fait prospérer l’extrême droite. Personne ne nie que l’industrie sidérurgiste est une des plus polluante du monde. En France, Arcelor Mittal contribue pour 16% aux émissions industrielles françaises et pour 2,8% à celle des gaz à effet de serre. D’où la nécessité d’investir dans la décarbonation, pour ce faire de se passer du charbon pour produire de l’acier et de recourir à des fours électriques. Cela afin de réduire de façon durable ce phénomène et se conformer aux recommandations de l’Agence internationale de l’énergie, à savoir parvenir à rabaisser ses émissions de 25% d’ici 2 030 et 92% d’ici 2 050. Un scenario qui ne sied pas au deuxième groupe mondial de l’acier n’y voyant en bon capitaliste qu’un manque à gagner de 100 à 220 euros par tonne de CO2 évitée. Le meilleur moyen de déroger à ces contraintes environnementales européennes est la délocalisation. Importer d’Inde, du Brésil, voire des USA l’acier nécessaire au besoin croissant du pays est par nature contradictoire avec une quelconque ambition de diminuer notre impact carbone.
Dans un premier temps, seule la nationalisation peut porter un coup d’arrêt à cette funeste opération.
L’intérêt général, la souveraineté industrielle invitent à pousser plus loin le débat sur la gestion des entreprises, du rôle de la place des salariés dans celle-ci afin de mettre un terme au pouvoir absolu des « capitaines d’industrie. »
« Dans une phase supérieure de la société communiste, quand aura disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail et avec elle, l’opposition entre travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais sera devenu le premier besoin vital, quand le développement des individus, à tous égards leurs forces productrices, seront également accrues et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance alors la société pourra écrire sur ses drapeaux : de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins », Karl Marx.
C’est vers cela qu’il faut tendre .

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